La poésie

  • Edmond Montaudry - Rimes salées
  • Georges Bataille - Le Paix
  • Une enveloppe joliment tournée
  • Le Toumelin - 40ème anniversaire de l'Amicale des Capitaines au long-cours


Et une surprise si vous allez jusqu'en bas !

1901
Edmond Montaudry

Le Capitaine au long cours - rimes salées - 

Banquet de 1901 - Bordeaux


Je viens, suivant l'usage antique et solennel,
Vous débiter encore mon speech traditionnel.
Seulement je voudrais, par extraordinaire,
Etre grave, sérieux, tout en cherchant à plaire,
Car je veux vous parler, sans plus amples détours,
Des capitaines au Long-Cours.

Capitaine au Long Cours ! C'est un titre qui sonne !
Il faut, pour l'obtenir, payer de sa personne ;
Il faut, pour posséder ce fameux parchemin,
Etre tout, plus que tout : être vaillant, marin,
Praticien, commerçant, légiste à tour de rôle,
Presque un Pic de la Mirandole.

Bien qu'en pays gascon, je n'exagère pas.
Raisonnons, s'il vous plait, et suivons pas à pas
Vos droits, votre devoir, ce que l'on vous réclame
Lorsque - maître après Dieu - vous avez charge d'âmes,
Et qu'entre ciel et eau vous devez, tout d'abord,
Mener le navire à bon port. 


Tout vous incombe à bord : le cap, la discipline,
Surveillance du temps, la manœuvre marine,
Soins pour les passagers, soins pour le bâtiment,
Soins pour le chargement et tout le tremblement
Et si, dans ce chaos, un rien arrive et cloche,
Vous seul faites une brioche.   

Car vous seul assumez responsabilité :
Votre droit au sommeil ? Il est très limité.
Est-on malade à bord ? Vous êtes Hippocrate.
Pour régler un conflit, vous devenez Socrate ;
Et, tour à tour chargé de détails superflus,
Vous ne vous appartenez plus. 


Au chevet d'un mourant, vous devenez notaire,

Vous pouvez rédiger un contrat comme à terre,
Vous pouvez marier et coucher hardiment
Ce qu'on vous dictera sur un bon testament...
Et si la passagère, enceinte, vous réclame,
Vous devez être sage-femme !  


Vous devez ignorer ce que c'est que la peur.

Quand un danger survient, vous tenez à l'honneur
D'être partout premier là où le vent fait rage.
Plus le péril est grand et plus votre visage,
Angoissé, reste calme. Or, ce courage altier
S'acquiert dans mon noble métier... 


Car enfin, sur la mer vous combattez sans cesse

Nuit et jour sans répit, sans la moindre faiblesse,
Vous avez à lutter contre les éléments :
La brume, les rochers, les tourmentes de vents,
Les courants inconnus et la lueur obscure
Que vous cherchez de la mâture. 


Et puis, le lendemain, vous combattez encor !
Le calme est arrivé. Changement de décor :
Le courant, lâchement, vous drosse vers la terre.
Pas de fond pour mouiller. Vous vous dites : Que faire ?
Mais vous ne dites rien, car vous êtes toujours
Un vrai Capitaine au Long Cours ! 


Maitre après Dieu, à bord, si la mutinerie
Eclate, par la force ou la diplomatie
Vous devez la dompter, vous êtes à la mer
Grand justicier armé, et votre révolver
Vous rend plus grand qu'un roi, car en péril extrême, 
Vous possédez un droit suprême.

Vous n'en abusez point. D'autres chiens à fouetter
Occupent vos moments. Il vous faut contenter
Le passager grincheux, le cuisinier qui grogne
Contre le lieutenant qui le rationne et rogne ;
Voir les vivres filer, avoir votre œil partout,
Et maudire le vent debout. 


Enfin l'on mouille au port. Et le bon Capitaine
Abdique son métier, mais se tient en haleine.
Sitôt qu'il touche terre, il devient commerçant,
Le courtier, l'affréteur, le gros négociant,
A le fourrer dedans, travaillent sans relâche :
Seul il doit suffire à la tâche.


Seul il doit discuter, sonder, étudier
Ces visages nouveaux, surtout se méfier
Du piège commercial, de l'inexpérience
D'un consul étranger représentant la France
Pour obtenir un fret bon, rémunérateur !
Autrement gare à l'armateur ! 


Bref, commerçant, marin, astronome, légiste,
Notaire, médecin... j'abrège cette liste,
Vous avez charge encor de porter le drapeau
De notre cher pays. - Il est noble, il est beau
D'avoir droit d'arborer dans les mers inconnues
Nos couleurs au-dessous des nues. 


Les faire respecter est pour nous un devoir.
Sous leurs plis, - bord sacré de l'arrière au bossoir, -
Vous êtes, s'il le faut, l'amiral, la Patrie !
Et sans orgueil outré, sans fausse modestie,
Soyez fier de pouvoir dire dans vos vieux jours :
Je suis Capitaine au Long-Cours.



Edmond Montaudry - CLC -Professeur de Manœuvre Ecole d'Hydrographie 1907.

vous retrouverez un texte de E. Montaudry dans les histoires au coin du feu - Souvenirs d'école

Le "Paix"

Georges BATAILLE

Paris le 12 mars 1935

Mon cher Hayet

Dimanche dernier, pendant qu'il neigeait, je suis resté enfermé et j'ai travaillé un peu plus mon poème ; le voici sous sa nouvelle forme. Lisez-le à vos amis si cela vous fait plaisir mais n'en donnez pas copie et ne le répandez pas encore. Nous verrons plus tard.

Cordialement à vous

Signé Georges Bataille 

correspondance privée

Le « PAIX »

Le « Paix » était son nom. Il fallait sous-entendre
Le terme « cuirassé », car il en était un.
Il fut construit à Brest, puis en temps opportun,
L'on parla des essais qu'il devait entreprendre.Merveilleux il sortit vers le vaste Océan
Au moment où le ciel sous le soleil s'allume ;
Et, ses flancs soulevant de longs rubans d'écume,
Il alla devant lui, coupant l'eau hardiment.
La terre se dressait sous un voile de gaze ;
Des rocs, qu'ensanglantaient les premiers feux du jour,
Près de lui, vivement, défilaient tour à tour.
La mer calme brillait ainsi qu'une topaze.
Et plus tard, par un temps de splendide clarté,
Quand la côte au lointain ne laissa plus de trace,
Le moderne vaisseau s'engagea vers l'espace,
Pour la première fois seul dans l'immensité.Puis le jour se passa ; la nuit se fit profonde ;
On revenait déjà lorsque sortant de l'onde
Des éclairs en faisceaux jaillirent droit devant :
C'était Creach, le feu de l'île d'Ouessant.
Bientôt on approcha de nouveau du rivage.
Mais combien stupéfait fut alors l'équipage :
Le navire, arrivant à l'ouvert du goulet,
S'arrêta sans qu'on sût ce qui le retenait.
On sonde pour chercher si parfois dans la passe
Un écueil accrochait la formidable masse,
Et l'on ne trouve rien. Alors l'étonnement
De tous est à son comble et, dans l'affolement
On s'interroge, on court, partout on examine ;
Et soudain l'on entend le patron des machines
Crier d'une voix forte et qui venait d'en bas :
« Un « Paix » peut bien sortir mais il ne rentre pas ».


LE TOUMELIN

Quelques vers en l'honneur de Van der Kemp

http://capitaineslongcours.online.fr/frameset.htm

LE QUARANTIÈME ANNIVERSAIRE DE L'AMICALE

A mon vieux camarade VAN DER KEMP, Président d'honneur de notre Amicale... Ces quelques vers, comme autrefois.


La muse qui, jadis, m'accusa de transfuge
Et d'avoir lâchement, pris quelque vermifuge,
Accourt à mon appel de revenir céans
Pour fêter avec nous, ce jour, les quarante ans
Du vaisseau baptisé: La frégate AMICALE ...

Elle y veillait toujours l'étalingure de cale
Quand l'un de nous filait sa chaîne par le bout,
C'est alors qu'en comptant ceux qui restent debout
Depuis l'appareillage -encore une dizaine-
Apparut VAN der KEMP son premier capitaine
Bellement affourché sur ces confins d'Armor
Où le flot vient mourir aux pieds des ajoncs d'or...

Il avait tant voulu réaliser de rêve:
Voir une ultime fois, avant que tout s'achève,
Ce qui, dans son passé, lui demeurait si cher:
Le large et le soleil se coucher sur la Mer...

Qu'il reçoive aujourd'hui l'affectueux hommage
Et les vœux amicaux de tout son équipage!

et pour finir sur une note un peu gaie :

Les Insultes

dans la Marine