de Laon à Paris

Le 3 mai 1919, Armand rentre dans l'Administration des Régions Libérées, comme Directeur des Services financiers des Dommages de Guerre du Département de l'Aisne. Il crée et organise ce service, qu'il dirige de mai 1919 à novembre 1930, passant de 20 à 400 employés.

Il recrute en particulier une jeune nantaise de 18 ans sa cadette, nommée Raymonde Boucaud...

En application des multiples lois des Dommages de Guerre, il règlera plus de 14 milliards de francs d'indemnisation, sur 300 000 comptes individuels.

Pensant obtenir ainsi sa titularisation immédiate dans les cadres du Service Central des Régions Libérées, il donne sa démission de l'Administration Coloniale.

Ne pouvant obtenir son rappel au Service Central à Paris, malgré les promesses formelles des Ministres successifs et des directeurs généraux, sous le prétexte qu'il était indispensable à la tête des Services Financiers de l'Aisne, il demande et obtient sa mise en disponibilité à compter du 1er décembre 1930.

C'est pour son action dans le processus d'indemnisation des dommages de guerre, qu'Armand reçoit la Légion d'Honneur le 14 février 1929 :

"M. HAYET a organisé en 1919 et dirige depuis lors les services Financiers des dommages de guerre d'un département gravement sinistré.

Il s'y est consacré avec une activité, un dévouement, des qualités d'initiative et de méthode qui lui ont permis d'obtenir, dans des conditions difficiles, des résultats particulièrement satisfaisants et appréciés de ses chefs immédiats autant que de l'administration centrale.

Les services qu'il a rendus à la Reconstitution et ses services antérieurs lui créent les titres les plus sérieux à la Légion d'Honneur."


8 - Procès Verbal de réception d'un chevalier de la légion d'Honneur.

Le quatorze février mil neuf cent vingt neuf

Nous, Georges Bègue, préfet de l'Aisne, officier de la Légion d'honneur

Dans une salle de la préfecture

Conformément à la délégation du Grand Chancelier, en date du 1er février 1929,

Avons fait introduire M. Etienne, Armand HAYET

16 rue Mélon de Martigny à Laon

nommé chevalier de la légion d'honneur, à l'effet de le recevoir en cette qualité.

Nous lui avons ensuite donné l'accolade en prononçant la formule de réception suivante :

« Au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la légion d'honneur ».

Immédiatement après a été dressé le présent procès-verbal, pour être transmis à la Grande Chancellerie, après avoir été signé par le récipiendaire et par nous.

Fait à Laon le jour, mois et an que dessus.

Signé le récipiendaire

Le délégué.

1928 - NOTE DE SERVICE 

PREFECTURE DE L'AINE
Cabinet du préfet
Pour notification
Laon, le 8 mars 1928
Le Chef du Service Financier
Signé Hayet

Note de Service

Depuis quelque temps des bruits tendancieux, malveillants, et même diffamatoires sont propagés contre des agents de tous grades de la reconstitution ou contre des fonctionnaires des Administrations publiques.

Des chefs, des sous-chefs de service qui se sont depuis des années consacrés à leurs fonctions avec une scrupuleuse probité, qui ont donné sans compter, à l'Etat et aux sinistrés, leur intelligence, leur activité et leurs forces, ne sont pas épargnés par la malignité publique.

Par légèreté, pour paraître renseigné, quelquefois par simple goût maladif du scandale, on accueille, on propage sans contrôle et sans commencement de preuve, contre toute vraisemblance, les propos les plus malveillants.

Il est déjà déplorable que le public et, certains organes de presse, fasse si bon marché de l'honneur et de la dignité de citoyens exposés à toutes les médisances parce qu'ils sont au service de l'Etat.

Mais que des agents permanents ou temporaires de l'Etat eux-mêmes - comme je sais que cela s'est produit et persiste - se fassent l'écho de ces bruits diffamatoires, c'est inadmissible et proprement absurde.

Inadmissible parce que cela tend à faire croire que les cadres supérieurs et moi-même serions capables de couvrir des fautes graves ou des manquements à l'honneur.

Absurde parce qu'en contribuant à former cette atmosphère empoisonnée, les agents des services ne se rendent pas compte qu'ils s'atteignent les premiers et qu'ils s'exposent tous à être suspectés. Si on ne réagit pas immédiatement, il n'est pas un acte quelconque d'un agent quelconque qu'on ne soupçonnera pas de complaisance intéressée ou de vénalité.

Il faut que cela cesse.

Je prie M.M. les chefs de service de mettre en garde tous leurs agents contre les tendances de trop d'entre eux à se faire intentionnellement ou non les complices de calomnies.

Je compte sur eux pour revenir à une plus saine et plus juste conception de leurs devoirs et de leurs intérêts.

Mais il faut qu'on sache bien que Chef des Fonctionnaires dans le Département, je ne tolérerai pas que leur honorabilité soit à la merci de quelques bavardages inconsidérés ou malveillants ; que je n'admettrai pas qu'on me suppose capable ou de couvrir des fautes exceptionnelles quand elles sont établies ou de marchander à ceux que l'on met en cause injustement ma confiance, mon estime et mon appui, quand je les en sais pleinement dignes.

LAON, le 7 mars 1928
Le préfet

Georges BEGUE

(à ne pas confondre avec le Ministre Georges Lègue)


En 1930, il quitte Laon définitivement pour habiter à Paris, 29 rue Boulard, dans un pavillon Napoléon III, au confort rudimentaire, qu'il occupera jusqu'à son décès. C'est Port-Boulard.

Son épouse Raymonde, ses filles Marguerite et Rose, sa mère Mérotte, vivent avec lui.

Sur le trottoir d'en face, habite sa soeur Margot, épouse du peintre cubiste André Lhote.

Le mystère Champigny

L'ésotérisme rue Boulard

Réservé à la famille... désolée... 


Le 1er octobre 1933, il est engagé comme Chef de Section, faisant fonction de sous-chef du Service des Concessions Commerciales et des Assurances au Commissariat Général de l'Exposition de 1937, puis il passe Chef de Service, pour terminer avec son affectation à la Liquidation des Classes d'Exposants.

Jean Decoux : Adieu marine p 333 : « le Front Populaire, collusion des marxistes de toute obédience, d'où allaient aussitôt sortir les grèves, les occupations d'usines, le désordre social... »

Manuellement, commentaire d'Armand Hayet : « Sortir les grèves » ! J'ai vécu de près celles de la fameuse Exposition 1937. A vomir !!

Nous le retrouvons Fondé de pouvoir d'une succursale de la Banque Levy, rattachée au Groupement des Industriels sinistrés, et située rue des Mathurins.

Le 7 juin 1935, la banque est mise en faillite.

Une page 6, orpheline des 5 premières, me semble illustrer la plaidoirie qu'Armand a dû présenter pour se blanchir de toute accusation concernant la faillite de la banque :

..."En ce qui concerne l'estime que m'ont toujours manifestée tous mes anciens Chefs, dans la Marine du Commerce, dans la Marine de Guerre (Amiral LEVAVASSEUR, Amiral d'HARCOURT, Capitaine de Frégate GUE), dans l'Administration coloniale (Général GOURAUD, Général PATEY, Général DUBOC, Général MOURET), je ne parlerai ici que de celle que m'a gardée M. PIGNEROL, l'Inspecteur Général des Finances, qui me décerna en 1919 les premiers éloges que j'ai reçus comme Chef du Service Financier des Dommages de Guerre et qui, par ses successeurs aux R.L. savait que je persistais dans la bonne voie.

Quand il apprit que par suite du rachat par le CREDIT LYONNAIS de la Foncière Parisienne, je me trouvais sans situation, il n'hésita pas, - ayant besoin d'un collaborateur probe et dévoué, dans un de ses Services à l'Exposition 1937 - à me prendre au Service des Concessions Commerciales que j'ai dirigé après en avoir été le Sous-chef.

Enfin il n'est peut-être pas inutile de rappeler qu'à 58 ans, n'ayant jamais eu comme ressources que ma solde ou mon traitement, je suis aussi pauvre que je l'étais au début de ma carrière maritime, bien qu'ayant toujours mené un train de vie plus que modeste, ce qui est facilement contrôlable.

Je ne possède et n'ai jamais possédé ni propriétés, ni valeurs, ni compte en banque. Je n'ai jamais eu ni voiture, ni domestiques.

Je n'ai comme patrimoine que mon nom sans tache et mon long passé d'honneur et de travail. Je ne permettrai pas qu'on y touche."

(R. L. = Régions Libérées)

le 28 mars 1938, il est admis à la Société des gens de lettres.


Mobilisé le 26 août 1939, il est rappelé à Rochefort, et affecté au Front de mer Charente (Ct Capt de Frégate GUE). Il prend le commandement de la Navigation Maritime du Front de Mer Charente, ainsi que de l'Equipage de Garde des Bâtiments de Commerce et de Défense du Port de La Pallice, avec lesquels il participe à la défense du Port lors des bombardements par avions en Juin 1940. Il est fait prisonnier avec ses hommes en juillet 1940.

Les petites notes en marge des livres, de la main d'Armand :


      "Hélas j'ai dû aider à un rembarquement de goddons en 1940 à La Pallice - mais je me suis offert la satisfaction d'engueuler un colonel qui voulait « que je lui indique un restaurant « first class » !!! C'était le moment...

(Les goddons, étant les anglais, vous aurez traduit...) 


...« La demande d'armistice de juin 1940 »...

"Demandé également par le pays tout entier... Quel écœurement quand j'ai été libéré par les allemands à La Pallice fin août 1940. J'en avais vu de la lâcheté, de la bassesse. Et dans toutes les classes depuis la déclaration de guerre jusqu'à cette date. Je parle des civils bien que depuis l'approche des allemands de la frontière française j'ai arrêté X officiers de l'armée de terre qui déjà fuyaient vers le Sud ! quel dégoût. Où était la France de 1914-1918 !!?"


En 1941, il trouve un emploi aux écritures :

"- Armand a enfin une très modeste petite place, au "Contrôle des Prix". Cela évite l'inscription au chômage. Ils n'ont rien à manger à Paris."

lettre de Margot à Isabelle du 17 juin 1941 

"Une besogne fastidieuse... "Un chef du contre-espionnage" devenu simple gratte-papier, lorsqu'il y a tant de traitres et de marchands noirs à dépister. C'est un peu bête quand même".

lettre de Margot à Isabelle du 13 janvier 1942

"Armand maigrit à vue d'œil. Trente kilos. Trente-cinq kilos... Il n'en pèse plus que soixante tout habillé... lui si gros autrefois. Et la pauvre Raymonde passe la moitié de ses jours dans les queues... et assume tout le travail de la maison ...en ne mangeant presque rien, pour laisser sa part aux petites. Plus de lait. Drame du pain trop rare".  

id

"Armand est toujours affreusement fatigué et triste de son médiocre emploi loin de sa mesure. Il aurait pu rendre tant de réels services ailleurs, avec son zèle, sa loyauté et sa rigueur envers les malfaiteurs et les traîtres. Quel dommage." 

lettre de Margot à Isabelle du 24 mars 1942 


"Je n'ai pas le téléphone ni chez moi, ni à mon sinistre bureau de Contrôle des Prix... où je suis bien enlisé dans un emploi de porte-plume anonyme."

Lettre d'Armand à Auguste Piéplu du 18 octobre 1941

Après cet emploi qui prend fin en 1947, puis un autre qui le mène en octobre 1950, Armand ne retrouvera pas de travail, et vivra avec sa retraite des inscrits maritimes, et les revenus générés par ses publications.


En 1954, il refuse d'adhérer à l'Académie de Marine

"Je ne fais pas partie de cette Association... mondaine, ainsi que la qualifie l'Amiral AUPHAN, en exagérant un peu. J'ai décliné cet honneur en 1954". (Correspondance entre AH et l'amiral Decoux.)

L'Amicale des

Commandants au Long-Cours

Créée en 1920 et tout d'abord nommée : Association Amicale des Capitaines au long cours sédentaires, elle s'est transformée par la suite en "Association des Capitaines au Long Cours et Capitaines de 1ère classe"

Dès 1931, et jusqu'en 1959, Armand Hayet y est vice-président.

Un déjeuner réunit tous ses membres une fois par mois, et un banquet, une fois par an, où les épouses sont également conviées.

Note : de 1926 à 1930, si Raymonde habite Rue de Vaugirard avec ses filles, Armand travaille toujours à Laon et ne rejoint Paris qu'en fin de semaine. Ce n'est qu'en 1930 qu'ils s'installent tous ensemble à Port-Boulard, et ce n'est qu'à cette époque qu'il noue des relations suivies avec les Capitaines au Long-Cours Cap-Horniers de Paris.

A un banquet de l'amicale - date non déterminée

AH en haut au fond à gauche, Raymonde en bas, seconde à partir de la gauche


Porté par la vague maritime qu'il a contribué à lancer à Paris et ailleurs, il donne des conférences et est souvent invité à des manifestations. Vous trouverez ci-après un article de journal détaillant une de ces journées.


En 1939, Margot récite des poésies d'Henry Jacques, auteur de "Cap Horn", au Congrès de l'Association.

source : commandant Cole de l'Ass.

des Capitaines au Long-Cours


"C'est l'heure où le voilier oubliant son effort

Rêve d'un chemin sûr et tracé jusqu'au port..."


"Là-bas, au loin, la mer s'étonne
Et nous jette un dernier adieu.
La garce a, de nous, fait des hommes...

Vive le Cap Horn, nom de Dieu !"

Henry Jacques

Sur Henry Jacques

"Et puis....Henry-Jacques, qui, avant d'écrire, a eu son sac vers ses seize ans sur un Nantais pour un long voyage au-delà du Cap. Mais cette unique campagne l'a marqué d'une empreinte impérissable comparable à celle que pouvaient laisser plusieurs années de mer. 
Et nous avons eu "Cap Horn", un livre de vérité que parent, par surcroît, d'admirables et mâles poèmes façonnés de tous les embruns, de tout le sel de la mer, de tous les vents du ciel et aussi du goudron, du chanvre et de la toile, du fier trois-mâts envoûteur de son adolescence". 
Armand Hayet, Us et coutumes, à bord des long-courriers, ajut 1953.

On y dit des conférences, on y fait des analyses...

Commandant Van der Kemp à AH

Paris le 20 février 1936

Mon cher ami,

J'ai déjà reçu quatre acceptations pour notre déjeuner du 7 mars.

Je désire que cette réunion ait un certain retentissement étant données les difficultés que rencontre actuellement notre industrie maritime.

But principal du laïus : Voir schéma ci-joint (auteurs : Pitois et Van der Kemp)

Avant-propos : L'âme du Capitaine au long-cours (auteur : Armand Hayet)

Schéma :

1° - Ce qu'était le rôle du Capitaine au Long Cours d'antan : ami et associé de son armateur - bien souvent créateur de son navire - N'hésitant pas à mettre une grande partie de sa fortune dans l'affaire - Amoureux de la mer et des grands voyages (pas par appétit du gain).

2° - L'armateur d'autrefois : Père de ses équipages - Connaisseur de son bateau - Sachant ses intérêts bien défendus par ceux qu'il défend

3° - L'effort de tout Capitaine pour amener la prospérité de sa Compagnie - La fortune de l'Armement Français due au Capitaine au Long Cours.

4° - Pourquoi ne veut-on plus leur faire confiance ! N'ont-ils pas le droit et le devoir de défendre ce patrimoine sacré : leur marine.

Rendez-vous vendredi 28 février à midi 15 chez Jean, 101 rue Saint-Lazare. Autres invités : le Toumelin, Vincent, Briend, Pitois.

Bien amicalement

Signé Van der Kemp

Vous retrouverez l'avant-propos d'Armand Hayet : "l'âme des gens de mer" au chapitre Conférences, sous le titre "Défense des Capitaines".

Quelques vers en l'honneur du commandant Van der Kemp, président de l'amicale

par LE TOUMELIN


http://capitaineslongcours.online.fr/frameset.htm

LE QUARANTIÈME ANNIVERSAIRE DE L'AMICALE

A mon vieux camarade VAN DER KEMP, Président d'honneur de notre Amicale... Ces quelques vers, comme autrefois.


La muse qui, jadis, m'accusa de transfuge
Et d'avoir lâchement, pris quelque vermifuge,
Accourt à mon appel de revenir céans
Pour fêter avec nous, ce jour, les quarante ans
Du vaisseau baptisé: La frégate AMICALE ...

Elle y veillait toujours l'étalingure de cale
Quand l'un de nous filait sa chaîne par le bout,
C'est alors qu'en comptant ceux qui restent debout
Depuis l'appareillage -encore une dizaine-
Apparut VAN der KEMP son premier capitaine
Bellement affourché sur ces confins d'Armor
Où le flot vient mourir aux pieds des ajoncs d'or...

Il avait tant voulu réaliser de rêve:
Voir une ultime fois, avant que tout s'achève,
Ce qui, dans son passé, lui demeurait si cher:
Le large et le soleil se coucher sur la Mer...

Qu'il reçoive aujourd'hui l'affectueux hommage
Et les vœux amicaux de tout son équipage!


V. LE TOUMELIN Déjeuner du 8 octobre 1960

http://capitaineslongcours.online.fr/frameset.htm 

Naissance de l'Amicale

ALLOCUTION de M. Albert DUVAL à l'occasion de la commémoration du cinquantenaire de l'Association. 1970. 


Puisque j'ai le rare privilège d'avoir assisté et participé à la naissance de notre Association amicale, laissez-moi vous raconter, très simplement, comment les choses se sont passées. A l'issue de la Guerre de 1914, dans les mois qui suivirent la démobilisation, nombre de Capitaines au Long Cours, encore jeunes, furent conduits à se reconvertir. Les uns, amoindris physiquement par des blessures ou par les fatigues de la guerre, d'autres assez mal accueillis par leur Compagnie d'origine qui avait perdu les trois quarts de sa flotte, d'autres enfin, pour des raisons familiales. Bien des épouses, en effet, privées de leur mari pendant cinq années, sauf de rares permissions de détente, ne voulaient plus les voir partir et les pressaient de prendre une situation à terre. A ceux-là s'ajoutaient des Anciens qui, ayant achevé leurs trois cents mois de navigation, s'affairaient comme Courtiers, Capitaines d'Armement, Affréteurs, Assureurs Maritimes, etc. Ils étaient assez nombreux à Paris mais en général s'ignoraient les uns les autres. C'est dans ces conditions que, fin Juin 1920, l'un d'eux, Georges DUPUY, que j'avais connu dans l'Aviation Maritime et a qui j'avais donné le baptême de l'Air en 1917, m'appela au téléphone et me dit : " Demain, après le bureau, avec quelques Capitaines au Long-Cours , nous nous réunirons chez MOLLARD, voulez-vous y venir ? - Bien sûr ! " Et j'y fus. Ce 22 Juin 1920, si mes souvenirs sont exacts, nous étions là, une bonne demi-douzaine; AUBRY, DUMONTIER, DUPUY, DUVAL, LE TOUMELIN, LORANCHET et VAN DER KEMP (VAN DER pour ses camarades, notre vieux RAOUL pour ses amis). DUPUY nous explique qu'un certain nombre de Capitaines travaillent à Paris, bien plus nombreux qu'on ne pense, qu'il songe à les réunir au sein d'une Association Amicale, laquelle n'aurait d'autres buts que de resserrer les liens de camaraderie, d'amitié et d'entraide, en les amenant à se réunir régulièrement pour évoquer leurs souvenirs, parler de la Mer et mieux suivre toutes les questions maritimes intéressant notre Corporation. Nous sommes convenus sur le champ, de fonder l'AMICALE des CAPITAINES AU LONG-COURS RÉSIDANT A PARIS, titre devenu par la suite "SÉDENTAIRES" pour permettre aux camarades de Province de se joindre à nous. Une deuxième réunion eut lieu, le 2 juillet, au Siège de la Ligue Maritime, rue la Boétie. Nous étions déjà 33, car dans l'intervalle chacun de nous avait pu retrouver et contacter plusieurs camarades, ce qui fournit la Liste " A " groupant les 33 noms. Un peu plus tard, vint s'y ajouter la Liste "A" de ceux qui donnaient leur accord de principe. Dans cette séance, nous mimes sur pied un projet de Statuts, dont la rédaction définitive fut confiée à Me COMBEAU, avocat et ami de VAN DER KEMP, de sorte qu'au retour des vacances tout était prêt. C'est ainsi que le 16 Octobre 1920 se tint l'Assemblée Générale Constitutive, au Siège de la Ligue Maritime, avec quarante membres présents. Dès lors nous nous réunissions chaque mois, à l'Hôtel LUTÉTIA, en un déjeuner cordial et amical, souvent joyeusement animé. Aujourd'hui, comme cela m'arrive souvent d'ailleurs, je ne puis m'empêcher de songer à ces bons camarades, et vrais amis, ouvriers de la toute première heure, et d'avoir pour eux une pensée affectueuse et reconnaissante tant il est vrai que c'est au plus profond de nous mêmes que s'accomplit pleinement le véritable culte du souvenir. Depuis cinquante ans, notre frégate "l'AMICALE", toute la voile dessus, pilotée par une suite de Présidents émérites, fait bonne route et son rôle d'équipage s'est largement amplifié. Signalons, enfin, que dès le début de notre Association s'était instaurée une charmante coutume, qui montre bien quel était notre état d'esprit : chaque fois que l'un de nous devenait père de famille, le bébé était sacré "Filleul de l'Amicale" et celle-ci lui offrait une superbe timbale d'argent, gravée à son nom, pour boire son "lolo", en attendant que, devenu grand, il fasse comme son père largement honneur au cambusard. Pourtant, une dizaine d'années plus tard, sans qu'on puisse parler de "démographie galopante", le Trésorier fut conduit à supprimer ces baptêmes amicaux, car cela faisait trop de timbales ! Je lève la mienne (celle de mon fils) à vos santés, à celles de vos familles ainsi qu'à l'AMICALE à laquelle je souhaite : bonne route, mer belle et bon vent, en formulant le vœu qu'un jour, nos successeurs se réunissent pour fêter son Centenaire.

http://capitaineslongcours.online.fr/frameset.htm